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Mustapha Gajibo : l’entrepreneur nigérian qui fabrique des véhicules électriques pour réduire le coût du transport

Mustapha Gajibo : l’entrepreneur nigérian qui fabrique des véhicules électriques pour réduire le coût du transport

Face à la hausse du prix du carburant et aux difficultés de mobilité, l’entrepreneur nigérian Mustapha Abubakar Gajibo a choisi de développer une solution locale : fabriquer et convertir des véhicules électriques. De ses premiers tricycles à ses minibus, son parcours illustre le potentiel de l’innovation africaine dans la mobilité durable.

Une idée née d’un problème quotidien

Au Nigeria, les dépenses de transport pèsent sur les ménages et les professionnels. Les variations du prix du carburant peuvent également fragiliser les activités des conducteurs de transport collectif.

C’est dans ce contexte que Mustapha Abubakar Gajibo a décidé de développer des véhicules électriques adaptés aux déplacements urbains.

Originaire de l’État de Borno, dans le nord-est du Nigeria, l’entrepreneur s’intéresse depuis plusieurs années aux énergies renouvelables et aux solutions techniques. En 2017, il commence à travailler sur la conversion de véhicules thermiques en véhicules électriques.

Son ambition est double : réduire la dépendance au carburant et développer une capacité de fabrication locale.

De la conversion à la fabrication locale

Au départ, Gajibo s’intéresse notamment aux tricycles motorisés et aux minibus utilisés pour le transport de passagers.

Le principe consiste à remplacer le système de propulsion thermique par une motorisation électrique alimentée par des batteries rechargeables.

Progressivement, son activité évolue vers la fabrication de véhicules conçus et assemblés localement, plutôt que vers la seule transformation de véhicules existants.

Ses projets ont été associés à Phoenix Renewables, puis à African Motor Works, entreprise qu’il a fondée après une séparation professionnelle avec son ancien partenaire.

Cette évolution est importante : elle montre comment une initiative de conversion technique peut devenir un projet industriel visant à produire des véhicules adaptés à un marché local.

Des minibus électriques pensés pour les déplacements urbains

Parmi les modèles développés par l’entrepreneur figurent des minibus électriques destinés au transport collectif.

Des reportages publiés en 2022 et 2023 ont documenté des véhicules pouvant parcourir, selon les modèles et les configurations, environ 100 à 210 kilomètres sur une charge. Certains modèles disposent également d’un système d’échange de batteries, destiné à réduire le temps d’immobilisation.

Ces performances sont celles rapportées pour les véhicules présentés à l’époque ; elles ne doivent pas être considérées comme des caractéristiques garanties pour tous les modèles actuels.

Le choix du transport collectif est stratégique. Un véhicule utilisé plusieurs fois par jour peut offrir des possibilités d’économie différentes de celles d’un véhicule particulier, notamment lorsque les dépenses énergétiques représentent une part importante des coûts d’exploitation.

Pourquoi miser sur l’électrique ?

L’intérêt des véhicules électriques ne se limite pas à l’absence de carburant dans le réservoir.

Pour un opérateur de transport, le coût total d’utilisation dépend de plusieurs éléments : prix de l’électricité, rendement du véhicule, entretien, durée de vie des batteries, disponibilité des pièces et fréquence des trajets.

Un véhicule électrique peut réduire certaines dépenses, notamment celles liées à l’énergie et à l’entretien mécanique. Mais les économies réelles dépendent des conditions d’utilisation et du coût d’acquisition.

Au Nigeria, un autre défi s’impose : l’accès à l’électricité. Les coupures et les limites du réseau compliquent la recharge des véhicules. C’est pourquoi les solutions de recharge solaire et les systèmes d’échange de batteries peuvent jouer un rôle complémentaire.

L’innovation doit ainsi tenir compte des infrastructures existantes, et pas uniquement des performances techniques du véhicule.

Une innovation qui peut créer des compétences et des emplois

La fabrication locale de véhicules électriques peut contribuer au développement de compétences dans plusieurs domaines : mécanique, électronique, batteries, assemblage, maintenance et gestion de l’énergie.

Elle peut également ouvrir des perspectives pour les fournisseurs locaux et les jeunes techniciens.

Mais pour devenir une industrie durable, un tel projet doit pouvoir financer ses équipements, sécuriser ses approvisionnements, maintenir une qualité constante et produire à un coût compétitif.

L’accès au financement et aux composants constitue donc un enjeu déterminant pour les entrepreneurs qui souhaitent développer des véhicules conçus localement.

Le défi de la mobilité électrique en Afrique

Le parcours de Mustapha Gajibo s’inscrit dans une transformation plus large du secteur des transports africains.

Plusieurs entreprises du continent explorent les motos électriques, les tricycles, les autobus et les solutions d’échange de batteries. Ces modèles peuvent répondre à des besoins différents selon les villes, les distances parcourues et les infrastructures disponibles.

Le passage à l’échelle reste néanmoins conditionné par le prix des véhicules, la disponibilité des pièces, la recharge, la formation des techniciens et la capacité des opérateurs à rentabiliser leurs investissements.

La mobilité électrique ne constitue donc pas une réponse universelle. Elle représente une option à évaluer en fonction des usages et des réalités économiques locales.

Le regard d’EDJARE

L’histoire de Mustapha Abubakar Gajibo illustre une dimension essentielle de l’innovation africaine : partir d’un problème concret pour concevoir une réponse adaptée à son environnement.

En développant des véhicules électriques au Nigeria, l’entrepreneur cherche à répondre aux difficultés liées au coût du transport et à la dépendance aux carburants, tout en faisant progresser les capacités industrielles locales.

Son parcours rappelle que l’innovation ne consiste pas seulement à importer les technologies les plus récentes. Elle consiste aussi à les adapter, à les fabriquer et à développer les compétences nécessaires pour les faire évoluer.

L’Afrique a besoin d’entrepreneurs capables de transformer les défis quotidiens en projets industriels. Mustapha Gajibo fait partie de ceux dont le parcours mérite d’être suivi.