Intelligence artificielle, génomique, agriculture marine et valorisation des déchets : des chercheurs et entrepreneurs africains développent des solutions pour améliorer la production, renforcer la résilience climatique et créer de nouvelles activités économiques. Voici cinq initiatives qui illustrent la diversité de l’innovation agricole sur le continent.
1. Klima360 : anticiper les risques climatiques grâce aux données
Les producteurs agricoles doivent composer avec des conditions météorologiques changeantes et des risques climatiques parfois difficiles à prévoir.
Lavender Birike, de Klima360, travaille sur l’utilisation de l’intelligence artificielle et des données pour anticiper ces risques et aider les agriculteurs à renforcer leur résilience.
L’objectif est de transformer des informations climatiques en éléments utiles à la planification agricole. La pertinence de ces outils dépend notamment de la qualité des données et de la capacité à fournir des prévisions adaptées aux réalités locales.
2. THRIVE : mieux comprendre les cultures
Temitope Odedeyi, chercheur à University College London, développe THRIVE, une plateforme intégrant l’intelligence artificielle pour fournir des informations sur les cultures et soutenir une agriculture adaptée aux variations climatiques.
Les outils de ce type peuvent aider à organiser les décisions agricoles à partir de données plus structurées.
Leur efficacité doit toutefois être évaluée sur le terrain : une plateforme prometteuse doit démontrer qu’elle fournit des informations fiables et utiles aux producteurs.
3. Éthiopie : préserver une race bovine grâce à la génomique
Zelalem Admasu Hunegnaw, de l’université Mizan-Tepi en Éthiopie, travaille sur la conservation de la race bovine Sheko, en combinant génomique et approches communautaires.
La génomique permet d’étudier les caractéristiques génétiques des organismes. Dans l’élevage, elle peut contribuer à mieux comprendre la diversité génétique et à soutenir des stratégies de conservation.
Cette démarche rappelle que l’innovation agricole ne concerne pas uniquement les machines : elle comprend également la recherche scientifique et la protection du patrimoine biologique.
4. Nigeria : valoriser les déchets agricoles
Tunde Adeyemi, de D-Olivette Labs, développe une approche visant à transformer les déchets agricoles et d’élevage en énergie propre et en biofertilisants.
Cette logique d’économie circulaire cherche à donner une nouvelle valeur à des matières qui peuvent autrement devenir des déchets.
Selon les procédés utilisés, la valorisation peut contribuer à produire de l’énergie ou des amendements agricoles. Le coût des équipements, la disponibilité des matières et la qualité des produits finaux restent toutefois des facteurs déterminants.
5. Kenya : la culture des algues comme opportunité économique
Au Kenya, Faith Mutisya, de Tumbe Seaweed Farmers, travaille sur la culture durable des algues marines afin de créer des opportunités économiques pour les femmes et les jeunes.
Les algues peuvent alimenter plusieurs chaînes de valeur, selon les espèces cultivées et les débouchés : alimentation, transformation ou autres applications industrielles.
Cette initiative illustre une conception plus large de l’innovation agricole, qui associe adaptation climatique, activités économiques locales et création de revenus.
Le défi : passer de l’innovation à l’adoption
Ces projets montrent que les solutions agricoles africaines peuvent mobiliser des disciplines très différentes. Mais une technologie ne transforme durablement l’agriculture que si elle répond à un besoin réel.
Pour passer à l’échelle, les innovateurs doivent notamment démontrer l’efficacité de leurs solutions, proposer des coûts accessibles, accompagner les utilisateurs et assurer la maintenance des équipements.
La recherche doit également travailler avec les producteurs afin de tenir compte des sols, des cultures, des ressources disponibles et des pratiques locales.
Le regard d’EDJARE
L’avenir de l’agriculture africaine ne dépendra pas uniquement de technologies importées. Il dépendra aussi de la capacité des chercheurs, entrepreneurs et agriculteurs du continent à concevoir ensemble des solutions adaptées à leurs réalités.
L’enjeu n’est pas d’innover pour impressionner, mais d’innover pour produire mieux, réduire les pertes et renforcer les revenus des communautés agricoles.